J’ai rencontré Xavier, au cours
de l’année
1996, lors d’une exposition. Il devait avoir une trentaine
d’années. Une amie en commun nous a mis en contact.
Je lui ai dit que je voulais travailler avec quelqu’un
qui allait mourir, et que ma condition pour ce travail c’était
qu’il se laisse photographier jusqu’à sa
mort. Il a accepté, et nous nous sommes rencontrés
la semaine suivante. Nous avons fait une série de photos,
et dès
ce jour, nous nous sommes vu tous les jeudi, à quinze heures.
J’étais gêné de le photographier sachant
qu’il allait mourir. Je lui ai tendu mon appareil photo. Je
voulais qu’il participe à ce travail. Son regard sur
moi m’intéressait. Je me demandais s’il changerait
, s’il deviendrait plus lucide, plus vrai, à mesure
qu’il se rapprocherait de la mort.
Chaque jeudi, je lui ramenais les images de la semaine précédente,
et il choisissait celle qu’il préférait, celle
que j’avais faite de lui et celle qu’il avait faite
de moi, en expliquant en une phrase les raisons de son choix. Ce
travail a duré deux ans, jusqu’en novembre 1998, date
où il est décédé.